L’eau façonne le fonctionnement des communautés. Ce que nous pouvons construire. Ce que nous pouvons payer. Comment nous sommes prêts face à un climat de plus en plus instable. Alors qu’avril apporte davantage de pluie, les inondations offrent l’un des exemples les plus clairs de la façon dont les risques liés à l’eau transforment la vie partout au Canada.
L’histoire de l’eau au pays change rapidement. Les inondations, les sécheresses et les phénomènes météorologiques extrêmes exercent une pression croissante sur les communautés à travers le pays et sur des systèmes d’eau déjà sous tension. Les conséquences deviennent de plus en plus difficiles à ignorer. Les inondations endommagent les habitations, perturbent les infrastructures et font augmenter les coûts. Elles accentuent la pression sur les ménages, les municipalités et les assureurs.
La Colombie-Britannique offre un aperçu clair de ce que cela signifie en pratique. Le risque d’inondation dans la province augmente et se répète, sous l’effet à la fois des changements climatiques et des pressions liées à l'utilisation du territoire. En 2024, la province a publié sa stratégie de lutte contre les inondations en C.-B., reconnaissant que les risques d’inondation augmentent et qu’une réponse plus coordonnée et à long terme est nécessaire. Pourtant, la stratégie ne dispose toujours pas du financement d'implémentation nécessaire dans le budget de 2026 pour répondre à l’ampleur des besoins de nombreuses communautés, alors que les avertissements d’inondation, les évacuations et les coûts de rétablissement continuent d’augmenter.
La situation en C.-B. montre ce qui se produit lorsque les pressions climatiques, les pressions sur les bassins versants et les pressions sur les infrastructures se rencontrent. Elle reflète aussi une réalité nationale plus large : le risque d’inondation augmente partout au Canada et exige une approche plus proactive.
Une raison pour laquelle le risque d’inondation est si sévère en C.-B. est le danger croissant des rivières atmosphériques. Souvent décrite comme une « rivière dans le ciel », une rivière atmosphérique est une longue et étroite bande d’air qui transporte de grandes quantités de vapeur d’eau dans l’atmosphère. Lorsque cette humidité est poussée vers le haut au-dessus des montagnes, elle se refroidit et tombe sous forme de pluie ou de neige intenses. Ces rivières peuvent contribuer à reconstituer les réserves d’eau, mais lorsqu’elles sont puissantes, elles peuvent aussi provoquer de fortes précipitations, des inondations, des glissements de terrain et des dommages étendus. Entre-temps, les changements climatiques les rendent plus fréquentes et plus intenses.
La C.-B. a déjà vu à quel point ces événements peuvent être destructeurs. En octobre 2024, une rivière atmosphérique de catégorie 4 a frappé le Lower Mainland, causant la mort de cinq personnes. Dans la vallée du Fraser, Ned Murray, de la Première Nation de Sumas, affirme que la réponse n’est pas de lutter contre l’eau, mais d’apprendre à vivre avec elle. Dans ce paysage, les inondations sont naturelles, mais les changements climatiques les rendent plus graves. Le défi consiste à répondre plus intelligemment en repensant les infrastructures, en restaurant les fonctions écologiques et en respectant l’importance culturelle de l’eau pour les peuples qui vivent avec elle depuis le plus longtemps.

Les inondations deviennent plus fréquentes pour des raisons environnementales, mais aussi pour des raisons humaines. À mesure que les températures augmentent, un air plus chaud peut contenir davantage d’humidité. Cela signifie que les tempêtes peuvent déverser des pluies plus abondantes sur des périodes plus courtes. Le résultat est une pression accrue sur les rivières, les systèmes de drainage, les routes et les infrastructures bâties. Les inondations sont déjà le risque naturel le plus fréquent et le plus coûteux au Canada, et les changements climatiques aggravent ces impacts. Les dommages causés par les inondations au Canada sont estimés entre 2 et 5 milliards de dollars par année.
Les activités humaines aggravent les inondations. D’ailleurs, le risque d’inondation commence en amont : dans les milieux humides, les forêts, les têtes de bassin et les plaines inondables. Lorsque les milieux humides sont asséchés, que les lacs sont modifiés et que les forêts sont fortement coupées, le territoire perd une partie de sa capacité naturelle à absorber l’eau. C’est pourquoi les inondations ne peuvent pas être comprises uniquement comme un phénomène météorologique. Elles sont aussi façonnées par l’utilisation du territoire, les choix en matière d’infrastructures et l’espace que nous laissons à l’eau pour circuler.
Le risque lié à l’eau n’est plus épisodique. Il est systémique, et il redéfinit la stabilité financière du Canada. Les inondations et les tempêtes sont désormais des facteurs majeurs de pertes assurées au Canada. En même temps, l’augmentation de l’exposition exerce une pression accrue sur les ménages, les communautés, les assureurs, les systèmes de logement et les budgets municipaux. Les primes d’assurance ont augmenté de 31 % depuis 2021, ce qui fait de l’instabilité liée à l’eau un facteur direct des marchés de l’assurance, de logements abordables et du risque financier.
Lorsque les systèmes d’eau échouent, de multiples conséquences en découlent :
Au-delà du fait que les inondations coûtent cher, elles créent un risque cumulatif dans les marchés, les systèmes et les ménages.
Les personnes les moins en mesure d’absorber des pertes répétées sont souvent celles qui y sont le plus exposées. Dans les zones à haut risque, l’accès à une assurance abordable devient déjà plus limité. Partout au Canada, environ 10 % des ménages, soit environ 1,5 million de logements, sont fortement exposés aux inondations. En effet, 80 % des villes canadiennes sont construites sur des plaines inondables.
Ces risques touchent particulièrement les communautés rurales, nordiques et autochtones. Les écarts persistants en matière d’infrastructures et le sous-investissement historique ont laissé plusieurs de ces communautés plus fortement exposées et moins en mesure de se rétablir. Les communautés des Premières Nations sont touchées de manière disproportionnée par les inondations, souvent parce que les infrastructures de protection contre les inondations sont inadéquates ou que des déficits d’infrastructures plus larges ne sont toujours pas résolus. Les inondations saisonnières continuent de mettre des communautés en danger partout à travers le pays.

Si le risque d’inondation commence en amont, alors les solutions doivent aussi commencer là. Cela signifie aller au-delà de l’intervention d’urgence et investir plus tôt dans la prévention, la résilience et de meilleures décisions d’aménagement du territoire. Cela signifie protéger les milieux humides et les plaines inondables, renforcer la gestion des bassins versants, améliorer la cartographie des zones inondables, moderniser les infrastructures essentielles et soutenir les solutions fondées sur la nature.
Cela signifie aussi changer notre approche. Nous ne pouvons plus continuer à traiter l’eau comme une ressource abondante et les inondations comme une perturbation temporaire. Cela inclut l’intégration des savoirs autochtones et l’écoute des communautés qui comprennent depuis longtemps comment l’eau se déplace, où elle a besoin d’espace et ce qui se passe lorsque cette réalité est ignorée.
Les fondations qui travaillent dans les domaines du logement, de la santé, de la résilience économique, des infrastructures et du bien-être communautaire agissent déjà en aval des enjeux liés à l’eau. L’occasion consiste maintenant à agir plus en amont, là où le levier est plus important.
Canada has the knowledge and tools to reduce water-driven financial risk. What is needed now is coordination, scale, and early investment. Through the Canada Water Security Funders Group, foundations have an opportunity to help catalyze the solutions, partnerships, and investment needed to strengthen resilience across communities. This challenge is solvable, but only with the right coordination, capital, and commitment.
Le Canada possède les connaissances et les outils nécessaires pour réduire le risque financier lié à l’eau. Ce qu’il faut maintenant, c’est de la coordination, de l’ampleur et des investissements précoces. Grâce au Canada Water Security Funders Group, les fondations ont l’occasion d’aider à catalyser les solutions, les partenariats et les investissements nécessaires pour renforcer la résilience des communautés. Ce défi peut être relevé, mais seulement avec la bonne coordination, le bon capital et le bon engagement.
Avoir de l’eau n’est pas la même chose qu’avoir une sécurité hydrique. Le Canada l’apprend à travers les inondations. Sans sécurité hydrique, les communautés ne peuvent pas compter sur la sécurité du logement, la stabilité de l’assurance, la résilience des infrastructures ni la stabilité financière à long terme.
Et ceci est la leçon plus profonde que les inondations nous enseignent. L’eau n’est pas une variable en arrière-plan dans les systèmes financiers. Il s'agit d’un risque climatique qui est devenu en même temps un risque économique, un risque communautaire et un risque d’équité financière. Ce qui viendra ensuite dépend d’investissements précoces, d’actions en amont et de traiter la sécurité hydrique comme le fondement de communautés résilientes.
