25/05/2026
L’histoire de l’eau au Canada change rapidement. Les sécheresses, les inondations et les événements météorologiques extrêmes exercent une pression croissante sur les systèmes qui contribuent à mettre de la nourriture sur nos tables. Pour les agriculteurs, cela peut signifier voir leurs récoltes échouer après des mois de travail, avoir de la difficulté à obtenir assez d’eau pour le bétail et faire face à des hausses de coûts.
Ces pressions se font aussi sentir dans le secteur de la pêche, les communautés rurales, les chaînes d’approvisionnement alimentaire et les factures d’épicerie.
Le Canada détient près de 20 % des réserves mondiales d’eau douce, mais une part importante de cette eau est non renouvelable, difficile d’accès ou impropre à l’utilisation. En même temps, 60 % de l’eau renouvelable du Canada s’écoule vers le nord, loin des principales régions agricoles, alors que la production agricole demeure fortement dépendante de précipitations prévisibles.
Moins de 2 % des terres agricoles canadiennes utilisent l’irrigation, ce qui les rend très vulnérables lorsque les précipitations deviennent moins fiables. Cela signifie que de nombreuses fermes canadiennes dépendent de pluies qui arrivent au bon moment pendant la saison de croissance. En agriculture, le facteur de temps devient tout aussi important que la quantité totale de pluie.
Trop peu ou trop d’eau perturbe les activités agricoles. Un printemps humide peut retarder les semis. Un été sec peut réduire les rendements. De fortes pluies près des récoltes peuvent endommager les cultures. L’agriculture a besoin d’une eau fiable, au bon endroit, au bon moment.
En 2021, les Prairies ont montré comment rapidement l’instabilité de l’eau peut devenir un choc sur le système alimentaire. Après des mois de faibles précipitations et de chaleur extrême, une sécheresse sévère et exceptionnelle s’est étendue dans l’Ouest canadien. Dans les Prairies, les rendements agricoles ont baissé de 30 à 40 %. Les agriculteurs ont fait face à de mauvaises conditions de pâturage, à des pénuries d’eau et d’aliments pour le bétail, ainsi qu’à des risques de feux de forêt qui menaçaient les communautés agricoles.
En Saskatchewan, la production agricole de la province a diminué d’un niveau record de 47 % par rapport à l’année précédente. Les récoltes d’avoine et de pois secs ont été réduites de moitié, alors que la production de blé, de canola, de lentilles et d’orge a diminué d’environ 40 %. La Saskatchewan a aussi été la seule province dont l’économie s’est contractée cette année-là, contribuant à un choc du système alimentaire.
En agriculture, le sol fait partie du système hydrique. Un sol en santé agit comme une éponge. Il peut absorber la pluie, retenir l’humidité pendant les périodes sèches et réduire le ruissellement lors de fortes pluies. L’agriculture dépend de ces fonctions naturelles pour assurer la production alimentaire à long terme. Par conséquent, lorsqu’un sol est dégradé ou trop sec, puis suivi de fortes pluies, il réagit autrement. L’eau ruisselle plus rapidement, l’érosion augmente, et tant la sécheresse que les inondations ont des conséquences plus graves.
La résilience de l’eau en agriculture est donc aussi une question de gestion du territoire. Protéger la santé des sols, les milieux humides, la biodiversité et les systèmes naturels aide les fermes à mieux gérer les événements météorologiques extrêmes.

L’eau est l’un des intrants les plus importants du système alimentaire canadien. Au-delà de la santé des sols, elle soutient les cultures, le bétail, le secteur de la pêche, la transformation, le transport et les écosystèmes qui rendent la production alimentaire possible.
Pourtant, l’agriculture doit fonctionner dans un climat de plus en plus imprévisible. Cette incertitude croissante touche les systèmes alimentaires de plusieurs façons :
Sans une stabilité de l’eau, il n’y a pas de stabilité alimentaire. Lorsque l’eau arrive trop tard, trop rapidement ou pas du tout, les impacts se déplacent à travers le système alimentaire entier.
La sécheresse est l’une des manifestations les plus évidentes de l'instabilité de l'eau dans l'agriculture.
En 2025, Agriculture et Agroalimentaire Canada a indiqué que la sécheresse demeurait le risque agricole lié au climat le plus important au pays. En septembre, 85 % du territoire agricole canadien était touché par la sécheresse, incluant 67 % en sécheresse modérée à extrême.
Ces conditions ont des effets qui vont bien au-delà des cultures dans les champs. Les sécheresses réduisent les rendements, augmentent les coûts d’alimentation du bétail et limitent l’approvisionnement en eau. Elles alimentent aussi les feux de forêt en asséchant les sols et la végétation. Lorsque les plantes et les arbres perdent leur humidité ou meurent, ils ajoutent du combustible aux territoires, ce qui rend les feux plus faciles à déclencher et plus difficiles à maîtriser.

Les conséquences économiques sont déjà visibles. Selon un sondage de l’UPA, 42 % des entreprises agricoles ont déclaré une perte nette, tandis que 52 % risquaient de ne pas pouvoir respecter leurs obligations financières. Pour les fermes de nouvelle génération, ce chiffre a atteint 67 %.
La sécheresse a aussi accru la pression sur les assurances dans le secteur. L’Institut climatique du Canada note que la sécheresse a contribué à une hausse de 450 % des paiements d’assurance-récolte au Canada, qui sont passés de 890 millions de dollars en 2018 à 4,9 milliards de dollars en 2022.
Lorsque l’eau devient moins fiable, les agriculteurs sont souvent les premiers à en ressentir les effets. Mais ils ne sont pas les seuls. C’est tout le système alimentaire qui est perturbé.
Lorsque l’instabilité de l’eau traverse le système alimentaire, elle devient un facteur direct de la hausse des prix des aliments, menace les moyens de subsistance des agriculteurs et augmente le coût de la vie des ménages. Elle influence la capacité de produire des aliments de façon fiable, de les transporter efficacement et de les garder abordables.
Lorsque des événements météorologiques violents exercent une pression sur des systèmes d’eau déjà fragilisés, les impacts se répercutent rapidement de la ferme à notre assiette :
Pour les ménages, ces pressions arrivent à un endroit bien connu : la facture d’épicerie. L’insécurité alimentaire est déjà un enjeu majeur au Canada. En 2025, 24 % des personnes au Canada vivaient dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire, ce qui représente environ 9,8 millions de personnes.

Tableau : PROOF – Source : Statistique Canada Tableau 13-10-0834-01
Le Canada possède les connaissances et l’innovation nécessaires pour répondre à l’instabilité de l’eau en agriculture. Ce qu’il faut maintenant, c’est de l’échelle, de la coordination et du capital.
Des investissements ciblés peuvent aider à accélérer l’innovation, notamment l’agriculture de précision, les technologies efficaces en eau, la surveillance de la sécheresse, les systèmes d’alerte précoce et les outils qui aident les agriculteurs à prendre de meilleures décisions grâce à de meilleures données. Ils peuvent aussi aider à relier des secteurs qui travaillent trop souvent séparément : l’eau, l’agriculture, la sécurité alimentaire, la résilience climatique et les moyens de subsistance des agriculteurs.
Grâce au Canada Water Security Funders Group, les fondations sont particulièrement bien placées pour renforcer la sensibilisation, soutenir la collaboration et contribuer à des solutions qui réduisent les risques avant que les communautés soient forcées de répondre à une crise.
Le système alimentaire canadien dépend d’une eau fiable, présente au bon endroit et au bon moment. Avoir de l’eau n’est pas la même chose qu’avoir une sécurité hydrique. Sans sécurité hydrique, le Canada ne peut pas s’attendre à une sécurité alimentaire durable, à des moyens de subsistance ruraux stables, à des chaînes d’approvisionnement résilientes ni à des aliments locaux et abordables pour les ménages.
En agriculture, l’eau est la base de notre façon de cultiver, de produire, de distribuer et d’accéder aux aliments. Quand elle devient instable, les effets se font sentir dans les fermes, les écosystèmes, les épiceries et les foyers. Protéger l’eau, c’est protéger les personnes, les lieux et les systèmes qui rendent l’alimentation possible.